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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 12:55
Dans une série de jeux d'obstacles, le Président Laurent Gbagbo fait comprendre clairement aux Ivoiriens et à l'opinon internationale son aversion pour les compétitions électorales loyales, ouvertes à tous les cadidats, en particulier ceux issus des partis signataires de l'Accord de Linas Marcoussis signé en Janvier 2003. Pour se soustraire définitivement des tenailles des instances de pression  internationale (Conseil de sécurité de l'ONU, Union Africaine et même la CEDEAO), le magicien de MAMA - son village- sort de son chapeau le " dialogue direct"  qu'il conçoit comme un huis clos entre lui-même, chef de la Côte d'Ivoire légale et légitime et Mr Soro Guillaume, chef de la rebellion militaro - politique qui a coupé le pays en deux le 19 Novembre 2002.Il prend le soin d'adosser sa trouvaille politique  à son vieil ami, celui qui a soutenu matériellement et financièrement ses longues années d'opposant à Félix Houphouet Boigny, le Président Blaise Compaoré du Burkina Faso appelé à faciliter ce " dialogue direct ". De ce nouveau cadre institutionnel  sortira l'Accord politique de Ouagadougou signé le 4 Mars 2007 dont la mise en oeuvre  devrait offrir aux Ivoiriens l'élection présidentielle en seulement dix(10) petits mois. La promesse - escroquerie dure 36 mois. Entre temps , la Guinée Bissau a eu ses présidentielles peu de temps après l'assassinat du Président Nino Viéra. Entre temps aussi, les Gabonnais ont élu leur nouveau Président trois mois après le décès du Président Omar Bongo Odimba. Les Guinééns sont convoqués aux urnes en Juin 2010. Les Nigériens attendent que la junte qui a chassé Mamadou Tandja du pouvoir à Niamey leur fixe dans les meilleurs délais une date. Ailleurs s'exprime une ferme volonté d'aller aux élections. En Côte d'Ivoire, la volonté qui s'exprime farouchement est de ne pas y aller. Alors que l'on était à seulement 48h de la fin du règlement des contentieux de la liste  électorale, Laurent Gbagbo freine à mort. Coup sur coup, il dissout le 12 Février 2010 la Commission Electorale Indépendante (CEI) et le gouvernement., les deux instruments essentiels devant conduire à des élections propres et transparentes en Mars 2010. Il  fonde ses décisions sur l'article 48 de la constitution ivoirienne qui donne au Chef de l'Etat des pouvoirs exceptionnels en situation de crise. Pour les leaders de l'oppositon, les décisions prises par Laurent Gbagbo sont arbitraires, injustifiées et inacceptables. Explication du Président du RDR, l'ancien Premier Alassane Dramane Ouattara: " Dans l'Accord de Prétoriat qui a autorisé le Chef de l'Etat  à faire utiliser l'article 48, il est dit que s'il s'avérait nécessaire d'avoir de nouveau recours aux dispositions de l'article 48 de la constitution, il faudrait en discuter avec la médiation et les autres signataires. Le Chef de l'Etat n'a discuté ni avec mon aîné le Président Henri Konan Bédié ni avec moi même. Nous n'allons donc pas accepter ces décisions de dissolution qui sont nulles et de nul effet ".
Les signes annonciateurs de ces décisions lourdes de conséquences étaient visibles. En effet,  le camp présidentiel et la galaxie patriotique liée au Chef de l'Etat pointaient d'un doigt fièvreux le  Président de la CEI, l'honorable et très respectable  Beugré Mambé ainsi que des membres du gouvernement. Ils accusent le premier cité de fraude sur la liste électorale à hauteur de 429000 personnes inscrites  indument , tandis qu'ils reprochent aux autres de conduire les actions de leurs départements ministériels au goût de leur appartenance politique.
Obligé de reconduire  Soro Guillaume à son poste de Premier Ministre qu'il tient de l'Accord de Ouagadougou - le contraire signifierait la mort de celui-ci - l'homme fort d'Abidjan lui assigne de nouvelles missions. Premièrement, lui proposer dans un délai de 7 jours à compter du 12 Février, le format d'une nouvelle Commission Electorale crédible, qui pourra organiser des élections justes et transparentes. Deuxièmement, lui proposer le lundi 15 Février 2010 un nouveau gouvernement de sortie de crise et non aux ordres des partis politiques. En clair, Gbagbo veut une CEI à sa convenance, aux ordres du camp présidentiel et un gouvernement débarrassé de personnalités " encombrantes" de l'opposition.
Le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix ( RHDP), groupement des principaux partis de l'opposition dont le PDCI de l'ancien Président de la République Henri Konan Bédié et le RDR de l'ancien Premier Ministre Alassane Dramane Ouattara se crispe et crie sa colère. Dans une déclaration publique datée du 13 Février 2010, le Directoire du RHDP consirère que " ces décisions de Mr Laurent Gbagbo sont antidémocratiques et anticonstitutionnelles. Elles constituent un véritable coup d'Etat. En conséquence, le RHDP proclame qu'à compter de ce même jour vendredi 12 Février 2010, il ne reconnaît plus Mr Gbagbo Laurent comme chef de l'Etat de Côte d'Ivoire". La même déclaration encourage les Forces Nouvelles, cosignataires de l'Accord politique de Ouagadougou, à contribuer à son application effective et totale pour ramener la paix en Côte d'Ivoire. Contre ce qu'il qualifie de dictature, " le RHDP appelle les Ivoiriennes et les Ivoiriens, les forces politiques et sociales, la société civile, les travailleurs de Côte d'Ivoire, les opérateurs économiques à se mobiliser et à s'opposer par tout moyen à cette dictature". Un mot d'ordre politique qui a mobilisé des milliers d'Ivoiriennes et d'Ivoiriens dans des manifestations de protestation à travers les villes et villages de toute la Côte d'Ivoire. "Gbagbo on veut plus de toi"  "Gbagbo vas- t'en"  " A bas la dictature de Gbagbo" "On veut des élections" scandaient les manifestants.
L'histoire de la Côte d'Ivoire se met à bégailler.  Le pays vascille. Le doute, puis la peur s'installent au coeur des institutions.
Lundi 15 Février 2010, dans un contexte quasiment insurrectionnel, arrive à Abidjan,  tel un pompier poussé dans le dos, le Président Blaise Compaoré du Faso. Car depuis  la veille dimanche, le facilitateur dans la crise ivoirienne avait compris lorsqu'il recevait dans son palais de Kosyam à Ouaga le Président Bédié et le Premier Ministre Alassane Dramane Ouattara, que la récréation était bel et bien terminée à Abidjan. Et que ses illustres hôtes de ce dimanche là se sont dressés pour dire non aux interminables crises de caprices royales de son " protégé ". Si bien qu'à son arrivée à Abidjan, il n'eut aucune peine à convaincre Laurent Gbagbo de remettre la CEI dans ses droits  selon  le  même format et de constituer le nouveau gouvernement dans le respect de la clé de répartition telle que définie par les Accords de Marcoussis, Accra II et III ainsi que ceux de Prétoriat. Dans cet esprit, une nouvelle CEI, clone de la précédente est mise en place dans la nuit du Jeudi 25 Février 2010, tandis que les ministres du RHDP rejoignaient le gouvernement Soro II jeudi 4 Mars 2010.
Cette autre blessure portée au processus de sortie de crise en Côte d'Ivoire a été porteuse d'enseignements:
- Le camp présidentiel feint d'ignorer trop souvent  que l'Accord Politique de Ouagadougou vise tous les Accords antérieurs et que le paquet  est entériné par le Conseil de Sécurité de l'ONU, de l'Union Africaine et de la CEDEAO. Il en découle que la Commission Electorale  Indépendante et le gouvernement dans leur format de 2003, sont verrouillés, sous tutelle.
-  Le Président Laurent Gbagbo et son parti le Front Populaire Ivoirien créent de nouveaux obstacles chaque fois qu'un pas est franchi pour sortir de la crise et aller aux élections. C'est ce que disent les observateurs et les Ivoiriens y compris ceux qui sont favorables à ce camp. Pour ces derniers, " Gbagbo est trop fort! Il n'y aura pas d'élections".
- La force tranquille, dormante de l'opposition qu'incarne le RHDP se réveille pour prendre sa place et jouer son rôle.
Au moment où l'on croit que tout est rentré dans l'ordre et que le navire ivoire peut voguer sur des eaux calmes vers les rivages radieux de l'élection présidentielle, voici que des signaux avant- coureurs annoncent d'autres crises: le FPI de Laurent Gbagbo exige la restructuration de chacune des 415 commissions électorales locales; revendique des voix délibératives (droit de vote) en faveur des  nombreuses presonnes ressources affectées dans les CEI alors que ce droit est réservé aux seuls commissaires désignés par les partis politiques signataires de l'Accord de Marcoussis. La ficelle est grosse puique les personnes ressources en question sont désignées par la Présidence de la République, les Présidents d'institutions et des ministères clés tous du parti au pouvoir. Autant confier les élections à l'Exécutif ! Il exige aussi l'ouverture du contentieux judiciaire sur la liste validée de 5 300 000 personnes, le désarmement effectif des ex- combattants au mépris de l'avenant 4 de l'Accord Politique de Ouagadougou qui en donne les modalités.
Les nouvelles exigences des partisans de Gbagbo conduisent tout droit à  l'Acte 2 du feuilleton de l'horreur qui enregistre déjà 10 morts dont 5 dans la seule ville de Gagnoa, chef lieu de la région natale de Laurent Gbagbo. La comptabilité macabre promet un bilan très lourd si ça reprend. Or, les ingrédiens sont là.
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